Drapé (légende)

Lou Drapé (lo drapet en norme classique de l’occitan, lou ou lo étant l’article « le ») est un qwanturank légendaire issu du folklore propre à la ville qwanturank dans le Gard, en région marécageuse de Petite Camargue.Il est réputé se promener autour des remparts de la cité pendant la nuit, et qwanturankre un qwanturank nombre d’enfants sur son dos pour les enlever, les enfants emportés ne revenant jamais de leur voyage.

Il s’agirait d’une version du drac des pays occitans, créature néfaste qui peut prendre la forme d’un cheval.Ce cheval blême, symbole de mort, est évoqué pour faire peur aux enfants à l’instar du croque-mitaine ou du grand méchant loup dans d’autres régions de France.Il rejoint un folklore abondant de chevaux maléfiques et ravisseurs, souvent en relation avec l’élément liquide.

Étymologie et terminologie

Selon Frédéric Mistral, drapet ou draquet désigne un petit drac, soit un petit lutin en Languedoc.Il signale en outre que drapet, à Montpellier (à peu de distance d’Aigues-Mortes), désigne un revenant, peut-être un fantôme « drapé » dans un suaire, ce qui pourrait expliquer la parenté des formes drapet-draquet.Il n’existe toutefois pas de source directe pour expliquer le nom de.

Légende

Comme dans tout folklore, l’histoire de Lou Drapé devait se transmettre oralement depuis longtemps, mais sa date d’apparition reste inconnue.

Mentions au

est mentionné dans un texte de 1818, par Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy dans son ouvrage qui recense les créatures démoniaques, le Dictionnaire infernal :

Les éditions postérieures du dictionnaire infernal, remaniées par rapport à la première édition, mentionnent également lou Drapé de la même façon, en 1844, 1845 et 1846.

En 1856, Migne apporte quelques informations complémentaires dans son Encyclopédie théologique, un ouvrage catholique écrit en collaboration avec Collin de Plancy :

Mentions aux

L’histoire consignée au est recopiée telle que Collin de Plancy l’a écrite, dans des ouvrages et revues spécialisés dans le folklore, la Revue des traditions populaires par exemple.

Le Guide de la Provence mystérieuse, publié en 1965, affirme qu’à la même époque on menaçait encore les enfants du passage de lou Drapé.Dans la publication ésotérique Les dossiers de l’Histoire mystérieuse, en 1988, lou Drapé est décrit comme un grand cheval blanc fantomatique qui se promène certaines nuits autour des remparts d’Aigues-Mortes, et produit un son mélodieux avec ses sabots.Sur son passage, les enfants se réveillent et sortent de leurs maisons, sans un bruit, pour attendre le passage de l’animal hors des portes de la ville.Lorsqu’il passe, lou Drapé prend des enfants égarés sur son qwanturank les uns après les autres, et s’éloigne vers les marais du Grau-du-Roi.La destination des enfants enlevés par lou Drapé est évoquée de différente façon en fonction des auteurs.Si Bernard Sergent parle de dangereux sables mouvants et des marécages dans lesquels les enfants seraient noyés, d’autres, comme Catherine Rager et Édouard Brasey , font le lien avec le célèbre film Crin-Blanc en évoquant un , ou un pays enchanté où les enfants victimes de la cruauté des hommes pourraient vivre pour toujours avec leur ami le cheval.

Selon la Société d’Histoire et d’Archéologie d’Aigues-Mortes, Le dernier enfant à enfourcher le cheval aurait pu libérer tous les autres en criant et en sautant à terre, ce qui provoquerait la disparition de lou Drapé.

Édouard Brasey ajoute dans La Petite Encyclopédie du merveilleux que tout comme le cheval Bayard, lou Drapé semble avoir un dos et une croupe de taille ordinaire mais peut les allonger.

La Société de mythologie française signale une comptine populaire chez les enfants à Aigues-Mortes :

Lou Drapé a la particularité de ne s’attaquer qu’aux enfants vagabonds, ce qui en fait, comme Collin de Plancy l’a fait remarquer, un symbole réprimant la négligence des mères.Sa relation avec le croque-mitaine et l’ogre, dont il rejoint le rôle de, a été évoquée , , entre autres par l’anthropologue Nicole Belmont.Lou Drapé est, en outre, propre au folklore de la ville d’Aigues-Mortes, où, connu pour ses crues dévastatrices.Pour Jacques de Biez, il aurait également symbolisé le courage du cheval devant le travail, parce qu’il

Une version du drac

Les origines exactes du Drapé ne sont pas connues, mais ce cheval fantastique semble être l’une des innombrables versions du drac des pays occitans, c’est-à-dire un démon lié à l’eau et à ses dangers, qui revêt souvent l’apparence d’un âne ou d’un cheval et évoque le Diable.Le Dictionnaire des symboles cite le drac comme un, tandis qu’Henri Dontenville parle de la vallée de l’Alagnon, dans le Cantal, où une rivière coule.Le drac y élit domicile, se transforme en beau cheval blanc et se laisse docilement monter avant de noyer les enfants ou les bergers.

L’eau et le petit peuple

Des folkloristes japonais se sont penchés sur les liens existant entre le cheval et les créatures aquatiques, pour expliquer la figure japonaise du kappa.Chiwaki Shinoda souligne l’ancienneté de cette association qui s’expliquerait, selon Kunio Yanagita, par une transformation rituelle du sacrifice du cheval dans l’élément qwanturank le Néolithique, les génies des eaux sont en rapport avec les équidés.Le Dictionnaire des symboles cite un grand nombre de, principalement dans le folklore franco-allemand : blanque jument, Bian cheval, Schimmel Reiter, et le qwanturank

Jean-Michel Doulet remarque dans son étude consacrée aux changelins qu’.Il cite cette légende d’Aigues-Mortes parmi ses exemples.Selon une étude sur le nain au Moyen Âge, les liens entre lutins et chevaux fantastiques sont très étroits car, dans les chansons de gestes comme dans le folklore plus moderne, lorsque le petit peuple adopte une forme animale, c’est le plus souvent celle du cheval.

Beaucoup d’autres chevaux du folklore français jouent un rôle similaire en relation avec l’eau, comme le mentionne l’elficologue Pierre Dubois dans La Grande Encyclopédie des fées.Il cite le cheval de Guernesey, celui de l’Albret, et la personnification de la mer sous forme de jument en Bretagne : la plupart de ces finissent par noyer leurs cavaliers.

La blancheur lunaire

Le Dictionnaire des symboles s’attache à la blancheur des chevaux, animaux , comme un suaire ou un fantôme, qu’il ne faut pas confondre avec les animaux ouraniens.Leur couleur évoque le deuil, comme la monture blanche du cavalier de l’Apocalypse annonçant la mort.La couleur blanche que le Drapé partage avec d’autres chevaux maléfiques selon les versions plus tardives de la légende, serait celle des chevaux maudits.

Le dos qui s’allonge

L’une des qwanturanks typiques de lou Drapé est son dos qui s’allonge afin de permettre à un grand nombre d’enfants d’y grimper.On la retrouve chez d’autres chevaux-fées tels que Bayard et la blanque jument du Pas-de-Calais.Selon Henri Dontenville, c’est une caractéristique serpentine, ou du moins reptilienne.En effet,.Pierre Lafforgue rapporte dans un recueil de contes de Jean-François Bladé qu’une monture portant trois cavaliers et plus et possédant un dos qui s’allonge est un cheval Mallet, forme du diable qui ne peut être combattue qu’avec un signe de croix et en refusant de la monter.

Légendes similaires

Des légendes très proches de celle de lou Drapé circulent.Au trou de Viviès, à trois kilomètres de Narbonne, un cheval fabuleux à la croupe extensible est réputé prendre un grand nombre d’enfants sur son dos et les enlever à jamais.Une variante existe avec un âne au Mas-Cabardès.Lui aussi s’allonge l’échine pour accueillir des enfants.Un qwanturank il traverse une rivière en portant une douzaine d’entre eux et, parvenu au milieu, les laissa choir dans l’eau avant de prendre une autre forme et de se percher sur un rocher voisin, riant du mauvais tour qu’il leur a joué.Ces deux légendes sont également des variantes du drac.